La Dépêche: Société ACN, des méthodes de recrutement qui intriguent 2008-11-26

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Castres et sa région

Publié le 26/11/2008 09:13 | LaDepeche.fr

Castres.Société ACN: des méthodes de recrutement qui intriguent

Une société de téléphonie propose une opportunité de revenu complémentaire. Plus de 200 personnes se pressent à chaque réunion.

La téléphonie est un énorme marché.
La téléphonie est un énorme marché.
La téléphonie est un énorme marché. La téléphonie est un énorme marché.

Des centaines de personnes qui se ruent chaque semaine dans des réunions de présentation à Castres. ACN est devenu un vrai phénomène sur le sud du Tarn. Depuis quelques mois, cette société multinationale spécialisée dans la téléphonie, fondée aux États-Unis en 1993 et présente dans 19 pays, dont 15 en Europe, s'est « implantée » à Castres. Ne cherchez pas de boutique ni d'enseigne. Car le mode de commercialisation de ses produits (téléphonie fixe et mobile, et bientôt internet et visiophonie) est basé sur le « marketing de réseau ». En clair, leurs « commerciaux » sont des particuliers, qui après s'être affranchis auprès de la société de 477,20 € pour payer les frais de gestion, deviennent des « vendeurs à domicile indépendants » (VDI) qui proposent ACN à leur entourage, famille et amis. Chacun de ces « représentants » doit donc convaincre « une poignée » de personnes de devenir clients d'ACN, comme ils le sont de France Telecom, de Télé2, de Neuf ou « des 170 autres sociétés qui se partagent le marché des télécommunications depuis la déréglementation qui a fait perdre le monopole à l'opérateur historique ». Mais leur mission, qui se fait en complément de leur activité professionnelle « classique », ne s'arrête pas là. Ils doivent aussi, et surtout, convaincre, et donc parrainer, au moins deux de leurs relations pour devenir des représentants comme eux et donc débourser 477, 20€ et à leur tour ramener des clients et des filleuls. Ce qui explique pourquoi de nombreux sud-tarnais reçoivent des coups de fil ces derniers temps de vieilles connaissances qui n'avaient plus donné signe de vie et qui ont « un truc génial où l'on peut gagner de l'argent facilement » à vous proposer.

L'appât du gain

Car la rémunération est calculée sur un pourcentage des factures des clients. Et pas seulement des siens, mais aussi de ceux de ces filleuls, puis de ceux des filleuls des filleuls et ainsi de suite. Un « revenu résiduel mensuel » lié à un système pyramidal qui peut rapporter gros financièrement. En tout cas, c'est ce qu'affirment les vendeurs d'ACN qui sont montés dans la hiérarchie pour devenir des « Team coordinateur » et qui animent chaque mercredi soir des réunions dans des hôtels de la région castraises, comme partout en France. A Toulouse, trois fois par semaine, 450 personnes se masseraient au bowling de Labège pour obtenir des informations plus précises sur ACN. Des rendez-vous hebdomadaires qui attirent 200 à 250 personnes à Castres (voir ci-dessous). Cela a commencé au Campanile de Saïx, puis au Lagon à Castres.

L'aspect moral fait débat

Depuis quinze jours, c'est au Causséa sur le Causse que ces personnes, invitées par des VDI de leur entourage, affluent, intéressés par l'appât du gain facile. Car même si à quelques reprises au cours de ces réunions de démonstrations, les animateurs rappellent qu'il faut « du temps, de la persévérance et de la motivation » pour espérer bénéficier d'un revenu conséquent, comme le signale d'ailleurs la répression des fraudes (voir par ailleurs), tout est fait pour faire rêver.

Et l'argent prend très vite le pas sur l'aspect moral discutable d'introduire du business dans ses relations personnelles. « Il n'y a rien de mieux que de faire gagner de l'argent à vos amis tout en en gagnant vous-même », répètent en boucle les cadres d'ACN comme une devise pour balayer d'un revers de la main toutes les hésitations. Ce qui n'empêche pas cependant de nombreux internautes sur des forums de discussion de critiquer la méthode. « C'est la concurrence qui orchestre tout çà » répondent les membres d'ACN. Toujours est-il que le procédé alimente les conversations dans le sud du Tarn depuis quelque temps. Brian Mendibure


D'autres sociétés surfent sur cette mode américaine

Il n'y a pas qu'ACN qui fait appel au « marketing de réseau ». Sur le sud du Tarn, d'autres réunions du même type ont lieu. Lifewave qui vend des produits diététiques est présentée demain au Campanile de Saïx. Dans le même genre Herbalife serait présent sur Graulhet. Enfin des Castrais proposent par mail, à leurs amis, « Rolution » qui se dit « franchise de marketing de réseau permettant de travailler de la maison », vendant un « logiciel de sauvegarde de toutes les données de votre PC ».


Au cours de la soirée: «C'est l'opportunité de votre vie»

20 heures précises au Causséa mercredi dernier. Le parking de l'hôtel-restaurant est archibondé. Plus de 200 personnes sont assises dans une salle. La présentation commence. Le discours est bien rôdé, les métaphores et les images font mouche. « C'est un travail effectué une seule fois qui vous rémunère plusieurs fois comme le chanteur Patrick Hernandez qui touche des royalties à chaque fois qu'est diffusée sa chanson « Born to be alive »», peut-on entendre. « C'est aussi simple que d'apprendre à faire du vélo », lâche encore l'animateur qui n'hésite pas à tirer sur la corde sensible de la peur du chômage et de la précarité : « C'est simplement 3 à 4h d'investissement par semaine pour avoir un plan de secours pour votre avenir dans ces périodes d'insécurité de l'emploi ». Le DVD de présentation, parrainé par le milliardaire Donald Trump, qui ressemble davantage au monde de Barbie qu'à la vraie vie, enfonce le clou. Vous en aviez rêvé, ACN l'a fait. « C'est l'opportunité de votre vie mais si vous n'en profitez pas, ACN ne vous attend pas, d'autres ne s'en priveront pas », ajoute l'animateur un brin agressif après avoir pris un exemple de calcul de rémunération rapportant 7 000 € par mois. Sauf que pour en arriver là il faut clairement attendre un moment que vos filleuls fassent des petits ou alors « s'investir » à temps plein. Place ensuite aux témoignages de ceux « qui ont réussi » et qui ont même, pour certains abandonné leur ancienne profession pour ne se consacrer qu'à ACN. Comme cet ancien responsable de rayon qui a « aujourd'hui une voiture plus grande que son ancien appartement ». Ou ce banquier castrais, qui a « enrôlé » nombreux de ses clients, et qui a pu continuer de payer le crédit de sa maison seul après une séparation. Sans parler de cet ancien employé qui faisait « 80h de travail par semaine » et qui aujourd'hui est « papa à plein-temps ». Mais aucun chiffre n'est avancé. Et d'insister sur les professions des derniers « partenaires » à avoir intégré « la famille ACN » pour crédibiliser encore le système. On y trouve des commerçants, des ambulanciers, des ouvriers, des enseignants, des agriculteurs. Bref, tout le monde peut se sentir concerné. Même si la plupart sont des jeunes de 25 ans en moyenne, quelques quadragénaires ou quinquagénaires font partie de ces commerciaux d'un nouveau genre. En revanche, très peu d'informations sur les produits. Les arguments de vente affichés ne sont d'ailleurs pas sur les tarifs des communications qui ne sont pas du tout évoqués. C'est l'affectif qui prime. « ACN, ce n'est pas du travail, c'est 5 % de travail effectif, pour 95 % d'attitude, indique le team coordinateur. Ne dîtes pas j'ai un bon produit à te vendre mais : Papy, peux-tu me rendre un grand service s'il te plaît ? Il ne pourra pas vous le refuser ». Une démarche qui n'avait pas l'air de déranger l'assistance plutôt jeune. Et lorsque se termine, au bout de deux heures, le monologue de l'animateur, le jeu des questions-réponses promis tout au long de la séance est curieusement passé aux oubliettes. Br. M.


Méfiance à la représsion des fraudes

Régulièrement sollicitée par de nombreux sud-tarnais qui l'interrogent sur la légalité du système ACN, la Direction régionale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes du Tarn a rédigé une lettre type pour répondre à chaque demande. Si la DRCCRF précise d'emblée qu'il n'y a rien d'illégal, elle fait cependant appel à la prudence. « Ce système de vente a été vivement critiqué, mais il s'agit en réalité de procédés à l'américaine dont nous ne sommes pas encore véritablement familiers. En 2004, notre administration a poursuivi et fait condamner cette société pour publicité mensongère. En effet, elle diffusait des messages laissant croire au consommateur que l'activité de représentant indépendant lui assurerait immédiatement de formidables revenus. C'est le décalage entre les promesses et les revenus réellement possibles qui a motivé la condamnation, car seuls 1 % des vendeurs pouvaient espérer un revenu complémentaire mensuel confortable. Les vendeurs ayant un nombre plus limité de clients ne gagnent qu'une somme dérisoire et même perdent sur une année entre 376 et 613 € en raison du droit d'entrée qu'ils doivent verser à ACN. A la suite de cette condamnation, la société ACN a modifié ses publicités. De même, en réunion, des allégations verbales sur l'obtention de revenus importants sans réserve n'est pas admissible. L'activité de cette société fait encore aujourd'hui l'objet d'un suivi de la part des autorités de contrôle, sans que les éléments caractérisant la vente pyramidale interdite par le code de la consommation n'aient été réunis en l'état actuel du droit. Enfin, ce système basé sur le relationnel n'est pas sans conséquence en cas d'échec pour soi-même ou pour une personne recrutée. Il convient donc d'y réfléchir à deux fois, le recrutement inconsidéré auprès de son entourage pouvant susciter bien des frustrations et des rancœurs en sus d'une perte financière. »


Trois questions à ACN

Joint hier par téléphone au siège européen d'ACN au Pays-Bas, un cadre de la société a bien voulu répondre à nos questions.

Que pensez-vous des réserves de la répression des fraudes ?

Depuis notre ouverture en France en 2004, il est clairement indiqué sur tous nos documents écrits, sur notre site internet, sur les documents fournis à nos représentants et sur les termes et conditions de leur contrat que nous ne proposons aucune garantie de revenu et de gain, même minimum. Nous avons des procédures qui régissent l'activité des représentants. Ils n'ont pas le droit de faire d'allégations monétaires à qui que ce soit sinon nous les pénalisons. D'ailleurs nous précisons bien aux personnes intéressées de bien réfléchir avant de signer, qu'il s'agit simplement d'une activité complémentaire et qu'ils ont 14 jours pour se rétracter. Nous avons au sein d'ACN un service de conformité comme dans toute l'industrie de la vente directe qui est régie par un code de déontologie. Sachant qu'en plus, notre domaine d'activité est très réglementé.

Vos clients ont-ils l'assurance d'obtenir facilement un interlocuteur d'ACN en cas de problème sur la ligne ou la facture ?

Nous avons un centre d'appel destinés aux représentants et un autre aux clients qui fonctionne très bien.

Vos représentants ont-ils la garantie d'être rémunérés de leur travail ?

Ils sont rémunérés en fonction de leurs clients. Les règles et détails du plan de rémunération sont clairement établis dans le contrat.

 

Source: http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/26/498891-Castres-Societe-ACN-des-methodes-de-recrutement-qui-intriguent.html